témoignage arcachonais

Désespoir, rage, impuissance, accablement….. Je ne sais quels sentiments m’animent en ce lendemain, comme une grosse gueule de bois solidement ancrée, overdose de cette société et du monde tels qu’ils deviennent. La fatigue nerveuse ne doit pas y être étrangère, mais comment y échapper, entre répression et acharnement policier et judiciaire, confronté à la dérive vers l’autoritarisme assumé.

Mercredi 16 avril, 18h30 les assassins du monde entier se sont donnés rendez vous à Arcachon, grand spectacle pyrotechnique et diner de gala des forces spéciales et des entreprises qui collaborent à rendre plus efficaces leurs sinistres besognes.

Quelques personnes, pacifistes et non violentes, ont fait le choix de refuser de laisser faire en silence, de faire entendre leurs voix pour dire « Pas en nos noms ». Je suis l’une d’elle

Nous sommes trois à arriver par le front de mer, longeant la plage. Un important dispositif policier est déjà déployé. Nous allons retrouver nos camarades au point de rendez vous. En les retrouvant, nous apprenons que ceux ci ont déjà été confrontés aux forces de police, fouillés et tout le matériel militant saisi, banderoles et drapeaux de la paix sont désormais des armes terroristes justifiant leur confiscation.

Pour éviter que le même sort ne nous soit réservé, nous nous déplaçons vers le lieu du grand spectacle. En chemin, nouveaux contrôles policiers opérés par des civils, certains d’entre nous en font partie, encore une saisie de matériel, autocollants et drapeaux de la paix, toujours terriblement subversifs à leurs yeux.

Nous progressons malgré tout, arrivant sur la plage où grand écran géant et animateur au micro font la promotion des tueurs, plus très nombreux/nombreuses à avoir échappé aux contrôles. J’en fais partie. Je reste mobile, cherchant l’endroit le plus propice pour une intervention, je me sais identifié au vu des mouvements des sbires en uniformes qui gardent l’enceinte, des informations que je les vois s’échanger, des gants qui se mettent pour une interpellation « propre ». Je passe pas très loin du groupe de camarades une nouvelle fois contrôlé par des policiers.

Un groupe de personnes arrive vers moi. Simples badauds ? Je ne suis pas assez naïf pour le croire.
« Police, pièce d’identité s’il vous plaît »
« Euh !! puis avoir la votre s’il vous plaît ? »

L’un d’eux me montre son brassard orange porté caché à la ceinture. Pas suffisant pour moi, n’importe qui peut cacher un morceau de tissu orange sans que cela représente une usurpation. Après quelques palabres, un autre finit par sortir sa carte de police, fouille mon sac, mon blouson, vérifie convenablement mon identité. A mes demandes d’explications, on me signifie qu’un arrêté préfectoral donne tous les pouvoirs aux forces de l’ordre pendant un temps et sur un lieu limité…..quand même. A priori, le périmètre est vaste !

Le spectacle n’a pas encore commencé, nous avons déjà toute/s été contrôlé/e/s, fouillé/e/s. Seule M. a réussi à garder une mini banderole cachée sur elle. Lorsqu’elle l’a sort et la déploie, elle lui est vite arrachée par ces civils qui se revendiquent de la police sans jamais en montrer les attributs.
S’ensuit une discussion affligeante, encerclé/e/s par 6 personnes plus milice que police, refusant de sortir de l’anonymat et de justifier leurs appartenances aux forces de police, assumant clairement l’illégalité de leurs actes et le passage à l’état policier, toute puissance et arrogance de ceux théoriquement chargés de faire respecter la loi et de s’y soumettre, allant jusqu’à la menace d’actes tout autant illégaux, en toute impunité.

Toute ceci a lieu sous l’ oeil d’un public, à la fois complice et témoin. Parmi ce public, combien ont été « Charlie », il n’y a pas si longtemps ?? Combien se sont dressés pour la liberté d’expression ?

La grande majorité sûrement.

Mais qu’attendre de personnes qui nous prennent à parti, lorsqu’ alors qu’il ne nous reste plus que nos voix nous souhaitons les faire entendre.

Une mère de famille s’énerve parce que nos voix perturbent ses enfants venus applaudir les pourvoyeurs de mort et que nous faisons preuve de manque de respect. Comment peut on dire cela lorsque l’on ne respecte même pas la vie ?

Le public est clairement hostile, nous dérangeons quand enfin les « héros » arrivent pour libérer une jetée d’Ayrac, pourtant déjà libre et vide. Hélicoptère, explosions, tirs de mitrailleuses depuis des embarcations dans une grande débauche de pyrotechnie et d’énergies fossiles, sous les applaudissements de la foule, bien sur.

Saturation, incapacité à contenir tous ces sentiments qui se mêlent en moi et l’acte irréfléchi, pulsionnel qui commence à se faire sentir, y aller, de toutes façons, quoiqu’il arrive, quitte à….

Les ami/e/s l’ont senti, l’ont vu. R. me retient, tout en douceur, M. m’éloigne en me prenant par la main. Les mâchoires serrées, les yeux embués, je me laisse faire. Je sais qu’il/elle le font pour moi, qu’il/elle ont raison et que j’aurai fait la même chose

Je ne peux m’empêcher d’hurler ma rage une dernière fois, tenter de convaincre une dernière fois que l’amour et la paix sont de notre côté pas de celui de ceux que l’on présente en « héros libérateurs ».

A quoi bon ? Pour tous ces gens, je, nous, sommes les ennemi/e/s.

Je ne pourrai contenir mes larmes quand, assis à la terrasse d’un café, j’assiste à la sortie du spectacle, toutes ces familles avec des enfants, des gamins dès l’age de 2 ou 3 ans. Comment peut on élever son enfant sur ces bases, leur inculquer des valeurs guerrières de domination ? Comment peut on dire aimer, les aimer ?

Je ne sais pas ce qui m’affecte le plus. L’autoritarisme assumé, l’individualisme uniquement centré sur des valeurs de consommation ou de pseudo bonheur contrôlé, l’apathie générale quand toutes nos libertés tombent une à une.

On peut créer ou inventer toutes les alternatives possibles, il faudra de toutes façons les défendre le jour où elles seront trop dérangeantes. J’espère qu’il ne sera pas trop tard, que le réveil se fera avant que la société policière et de contrôle n’aient eu le temps de les mettre toutes à mal, avant qu’elles n’aient toutes été récupérées par le parti unique capitaliste, libéral et guerrier

Ami/e/s dessous la cendre
Le feu va tout bruler
https://www.youtube.com/watch?v=jI6ExEe1tug

Un/e anonyme du parti de l’amour et de la paix

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